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Les 3 grands du marché des jeux vidéo.

De là à dire que Sony n’a fait que « rajouter » une option console à ses produits hi-fi traditionnels, il n’y a qu’un pas…

Nous sommes en plein milieu de la dernière génération de consoles, on ne parle plus des anciennes machines et la guerre sans merci que se livrent les 3 grands bat son plein. C’est le moment que j’ai choisi pour essayer d’analyser, d’expliquer la naissance de Microsoft et Sony sur ce marché, leurs motivations et leurs intérêts ainsi que la situation actuelle de Nintendo.

Commençons donc par analyser la position de Sony à l’heure actuelle. Mais d’abord, pourquoi est-ce que cette société s’est dirigée vers le marché des consoles et notamment des consoles de salon ? La première raison est assez étrange… En effet, on pourrait presque dire que Nintendo a créé Sony ! Cela peut vous paraître contradictoire et pourtant c’est vrai. Dans sa grande habitude de ne pas faire de la « sous-traitance », Nintendo a confié, pendant la toute fin des années 80, le développement d’une extension CD pour la SNES à Sony. A ce moment-là, le projet Mega-CD de Sega a quasiment abouti et Nintendo ne sachant pas si une extension CD pourrait avoir une quelconque utilité, préfère assurer ses arrières en développant aussi cet accessoire pour sa console phare. Mais suite à une divergence d’opinions entre les deux géants, le projet de Nintendo, de donner à sa console de salon du moment une extension CD, a avorté et le projet de Sony, nom de code PlayStation, a commencé… Mais ce n’est pas la seule raison de l’entrée de Sony dans le marché très fermé et particulièrement convoité des consoles. En effet, il s’agit aussi d’une sorte de diversification : Sony est maître (ou presque) du marché de la hi-fi à cette époque, pour continuer à grandir il fallait changer complètement d’objectif. Ainsi, cette ouverture proposée par Nintendo était une opportunité à saisir.

Mais nous pouvons bien voir que l’état d’esprit de la marque est resté : toutes les consoles Sony peuvent tout à fait servir d’accessoire multimédia. La PlayStation avait toutes les sorties audio d’un véritable chaîne hi-fi et la PS2 a tout ce qu’il faut pour être un parfait lecteur DVD (NDA : si évidemment son lecteur DVD était de qualité…). De là à dire que Sony n’a fait que « rajouter » une option console à ses produits hi-fi traditionnels, il n’y a qu’un pas… Tout compte fait, on pourrait presque dire que Sony est entré dans le monde des consoles pour promouvoir ses produits multimédia auprès des gamers. Et d’ailleurs, ce n’est pas l’avènement du concept de la PS3 qui me fera mentir : dans le principe, chaque appareil ménager ou hi-fi pourra être connecté à la « console » (s’il est de marque Sony bien évidemment) pour augmenter sa puissance de calcul. Cet instrument représentera le summum de la stratégie de Sony en la matière.

Passons maintenant à Microsoft. Leur entrée sur le marché des consoles de salon est beaucoup plus logique et beaucoup plus construite que celui de Sony. Depuis longtemps, Microsoft équipe quasiment l’intégralité des PC de la planète de son système d’exploitation. Ils sont alors très bien placés pour faire des jeux pour PC, et ils ne se gênent pas le moins du monde. Microsoft, c’est donc quand même une sorte de tradition du jeu vidéo. La chose qu’il faut maintenant comprendre, c’est que le marché des consoles n’a pas tout de suite intéressé Bill Gates : il lui fallait d’abord écraser tous ses concurrents sur le marché des ordinateurs personnels (ce qu’il a fait) et il fallait aussi que le marché des consoles mûrisse un peu et cesse d’être le domaine réservé de quelques amateurs et quelques passionnés.

A partir du moment où le marché du jeu vidéo commençait à réellement devenir un business sérieux (générant à présent plusieurs dizaines de millions de dollars de bénéfice par an et avec un taux de croissance assez incroyable, qui a avoisiné les 10% par an pendant près de 5 ans !), il a nettement plus intéressé Microsoft. De plus, cela correspondait parfaitement à une période où la société de Richmond n’était ni ennuyée par la justice (ou disons plus ennuyée par la justice) ni par ses concurrents. Et comme d’habitude, les dirigeants de Microsoft ont d’abord fait marcher la formidable puissance financière du groupe en essayant de racheter… Nintendo ! Mais pourquoi un tel rachat alors que Microsoft avait tout à fait les moyens financiers et techniques pour lancer une console lui-même ? La réponse est en réalité assez simple : le marché des consoles de salon, comme celui des consoles portables, est particulièrement fermé et les rares inexpérimentés qui ont tenté d’y faire une incursion s’y sont douloureusement cassé les dents. Bien sûr Microsoft avait les moyens de faire sa console sans l’aide de personne, mais en rachetant Nintendo, il profitait d’une expérience, d’une société bien implantée sur le marché et surtout d’une réputation de qualité. En faisant cela, Microsoft était quasiment sûr de ne pas se planter, de ne pas rejoindre le cimetière des ratés de la console ! Mais, et finalement presque heureusement pour nous, Nintendo a refusé l’offre de Microsoft qui a donc dû se débrouiller tout seul. La suite, vous la connaissez : la X Boîte et, au niveau mondial, un résultat mi-figue mi-raisin.

Alors en fait, la principale interrogation qui, selon moi, reste c’est pourquoi est-ce que Microsoft n’a pas converti un de ses nombreux studios de production de jeux vidéo (Ensemble Studios par exemple) pour faire des jeux consoles plutôt que de produire sa propre machine ? Je pense que là aussi la réponse est assez évidente, avec un peu d’observation : s’ils avaient fait des jeux pour consoles, ils auraient dû payer des royalties à Nintendo et à Sony alors qu’en produisant leur propre machine (et même en la vendant à perte), ce sont eux qui récolteraient les royalties. Et bien sûr quand le jeu est first party, la marge bénéficiaire est d’autant plus grande. De plus, étant donné l’état des finances de Microsoft, on peut tout à fait supposer qu’ils lanceront une XBox 2, 3 voire 4 ou 5. S’ils arrivent à lancer une console qui marche suffisamment bien et qu’il domine aussi bien le marché que Sony en ce moment, il aura atteint son objectif : rendre le marché des consoles aussi impénétrable que celui des systèmes d’exploitation pour PC.

Conséquence de tout cela, Nintendo, qui pour le moment est le seul fabricant de console qui ne fasse vraiment que du jeu, est pour le moment pris entre deux feux, se trouve dans une situation particulièrement délicate et les mois à venir vont probablement être décisifs pour le géant japonais, au moins dans le domaine des consoles de salon. Si le GameCube ne marche toujours pas mieux dans les mois qui viennent, Nintendo pourrait très bien décider d’arrêter de produire des consoles de salon pour se consacrer exclusivement au marché des consoles portables (qu’il domine sans équivoque !). Si certains killer-apps, comme Mario Kart GC, F-Zero ou Zelda, permettent de sauver la console, nul doute que Nintendo remettra le couvert et nous aurons probablement droit à un successeur au GameCube !

Globalement, le marché des jeux vidéo pour console de salon aujourd’hui n’est plus vraiment un marché principal et primordial pour deux de ses acteurs principaux, Microsoft et Sony. Le vice-président de Sony avait d’ailleurs déclaré, quelques semaines après la sortie de la PS2, que si sa nouvelle console ne trouvait pas son public, Sony se retirerait probablement du marché. Microsoft ne lâchera probablement pas de si tôt la bride et on risque donc bien de les retrouver plus tard. Et Nintendo dans tout ça ? En difficulté, pour le moment, ils pourraient tès bien redresser la barre comme ils pourraient bien abandonner et devenir, à l’instar de Sega, éditeur tiers. Mais cela n’est probablement pas pour tout de suite alors… Wait and see.


Par Mortal
Le 5 avril 2003 | Catégories : Editos

En tout cas, moi, si j'étais une fille, je serais facile.
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